jeudi, novembre 04, 2010

Mariage civil des époux chrétiens

L’Eglise n’a aucunement le pouvoir de rendre facultatif le mariage civil. Le problème est généralement pris à l’envers…

  • Le mariage civil bénéficierait d’une caution du sacrement ? Non. Mariage civil et mariage religieux appartiennent à deux champs totalement différent. Mais il est vrai que le mariage civil est un outil de protection juridique (séparation, divorce, filiation, successions, pensions alimentaires, autorité parentale, garde des enfants…) et que ceux qui sont mariés religieusement en profitent.
  • Le peu de symboles que représente le mariage civil ? Non. Le mariage civil représente l’engagement dans la société civile, et nos derniers papes, dans leurs écrits, nous pressent de nous engager dans la société civile.
  • Le fondement chrétien originel du mariage civil ? Non, c’est le contraire. Les premiers chrétiens se mariaient comme les païens, et avec les mêmes rites qu’eux. Ce n’est que peu à peu que l’Eglise a découvert le sacrement : à partir du Xe siècle. C’est seulement au XIIe siècle que le mariage devient affaire de l’Eglise, et ce n’est qu’u XVI e siècle, au concile de Trente, que le sacrement devient obligatoire pour les chrétiens ?
  • Le rite chrétien se calque sur le rite païen et non le contraire.
  • Pourquoi un mariage civil préalable ? Ce n’est pas l’Eglise que l’impose, mais le Code pénal (article 433-21). L’Eglise n’a tout simplement pas, en France, le pourvoir de rendre le mariage civil facultatif. C’est un pouvoir qui n’appartient qu’au législateur. Réjouissons-nous plutôt que fonder une famille soit un acte si important, pour l’Etat, qu’il ne veuille pas y rester étranger. D’autre part, l’Eglise est déchargée de la tenue de l’état civil, c’est une bonne chose.
  • Le droit canon et le consentement ? Mais le mariage n’est pas le consentement lui-même, même si le consentement en est le point de départ. Le mariage est surtout la communion de vie et de projet, selon saint Thomas et Gaudium et Spes. Le droit canon, c’est la discipline intérieure de l’Eglise, mais l’Eglise est soumise à la loi.
  • Le consentement ne peut être suppléé par aucune puissance humaine (canon n° 1057) ? Mais c’est aussi la position du droit français. Le droit des contrats est basé sur le consentement. Le mariage civil ne supplée donc pas le consentement, il le constate, c’est tout. Comme le mariage religieux.
  • Certains lobbys voudraient, en sapant les fondements du mariage civil, saper les fondements du mariage religieux ? Non, ils sont seulement à la recherche d’une reconnaissance. Le mariage religieux n’a pas besoin de leur action pour subir une régression spectaculaire.
  • Aux temps de l'Eglise primitive, le mariage (qui bien sûr avait des effets de droit très importants) était organisé en famille à la maison, plutôt dans la maison du père de la mariée puis dans celle de son mari, sans qu'aucune instance publique n'intervienne. C'est l'Eglise qui en a fait un acte public, célébré à l'église devant le prêtre, et c'est bien plus tard, pendant la Révolution française, que l'Etat français se l'est approprié, comme tant d'autres éléments de l'héritage chrétien. Il suffit d'assister à un mariage en Suisse pour voir les différences: là, le mariage civil est un modeste enregistrement d'état-civil, tandis que chez nous, les rites de la mairie copient ceux de l'Eglise. La Mairie de Villeurbanne (69) appointe même un organiste pour donner un relief musical très ecclésiastique à une "cérémonie citoyenne" avec "Marche nuptiale", riz et dragées.
  • Si le Code pénal impose le mariage civil préalable, ce qui, après tout, est étonnant dans un régime de séparation entre l'Eglise et l'Etat, ne serait-ce pas que la séparation n'est ni si totale ni si simple qu'on l'imagine souvent? C'est tout le sujet d'Emile Poulat dans son dernier livre, Scruter la loi de 1905 - La Révolution française et la Religion, où est remarqué le fait, peu connu, que dans la loi de 1905, le mot séparation n'existe pas. Ce qui reste de chrétien dans notre mariage civil (le consentement, l'engagement de fidélité - lequel dépasse visiblement l'Etat), a été emprunté par l'Etat, et non pas l'inverse, de même aussi le caractère public de la cérémonie.

[selon Madeleine MAILLARD, Famille Chrétienne, n° 1712 du 6-12 novembre 2010, page n°7,ainsi que du n° 1715 du 27 novembre-3 décembre 2010, page n°7]


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