mardi, juin 23, 2009

La Vierge à midi

Il est midi.

Je vois l'église ouverte. Il faut entrer.

Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.

Je n'ai rien à offrir et rien à demander.

Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.

Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela

que je suis votre fils et que vous êtes là.

Rien que pour un moment pendant que tout s'arrête.

 

Midi !

Etre avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.

Ne rien dire, regarder votre visage,

laisser le cœur chanter dans son propre langage (…)

Parce que vous êtes belle,

parce que vous êtes immaculée,

la femme dans la Grâce enfin restituée,

la créature dans son honneur premier

et dans son épanouissement final,

telle qu'elle est sortie de Dieu

au matin de sa splendeur originale (…)

 

Parce que vous êtes femme,

L'Eden de l'ancienne tendresse oubliée,

dont le regard trouve le cœur tout à coup

et fait jaillir les larmes accumulées (…)

Parce qu'il est midi, parce que nous sommes

en ce jour aujourd'hui,

parce que vous êtes là pour toujours,

Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !

 

Paul Claudel

(extrait de Poèmes de guerre, Ed. Gallimard)