mercredi, juillet 04, 2007

Des actes plutôt que des paroles [conte]

C’était l’hiver. Une délégation de sages rendit visite au rabbi de Viedislav, père de Simha Bunem, alors âgé de cinq ans. Le rabbi prépara un repas pour ses hôtes et, pendant qu’ils mangeaient, fit venir son fils : « Simha, va et recherche quelques interprétations nouvelles des lois de l’hospitalité dont tu pourras discuter avec nos invités érudits. »

Le garçon quitta la table et revint quelques minutes après. Chacun fut surpris de ce retour aussi prompt. Certes, Simha Bunem était un enfant prodige en matière de Torah, mais il aurait dû quand même lui falloir plus de temps pour revenir avec une interprétation nouvelle et inédite de l’hospitalité.

Son père l’accueillit à son retour et dit : « Alors, as-tu trouvé une nouvelle interprétation de la Torah ? »

Simha affirma que oui et qu’il serait heureux de pouvoir en faire part aux hôtes de son père lorsqu’ils auraient terminé le repas. Une fois qu’ils eurent fini de manger, son père l’invita à leur présenter ses nouvelles interprétations.

« Je n’ai rien à dire, père, mais j’aurai quelque chose à montrer. »

S’attendant à ce qu’il leur donne une interprétation nouvelle de la loi, le père tout autant que les invités restèrent perplexes. Voyant que les sages restaient assis, Simha leur dit : « Venez et je vais vous montrer. »

La délégation tout entière suivit Simha, qui les conduisit dans une autre pièce de la maison. Là, ils découvrirent son interprétation de l’hospitalité : Simha avait préparé pour chaque invité un lit, soigneusement fait, avec oreiller et édredon.

« Et où est, petit, la nouveauté de ton interprétation ? » demanda un des rabbis.

- Sauf votre respect, maître, répondit Simha Bunem, si je ne vous avais fourni qu’un lot de mots nouveaux vous n’auriez pu reposer vos esprits ; mais, ainsi je vous offre la possibilité de reposer aussi vos corps.

In contes hassidiques, annotés par rabbi Rami Shapiro, Albin Michel, 2007.

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