mardi, juillet 26, 2005

Un huissier écroué pour avoir détourné 600 000 euros




Au grand dam du parquet, l'huissier ne sait tout simplement pas comment elle a fait pour en arriver là. Ni pour se retrouver, depuis deux jours, derrière les barreaux de la maison d'arrêt d'Agen. Mise en examen mercredi pour abus de confiance par agent public et ministériel dans l'exercice de ses fonctions, Me Bernadette Serra, huissier de justice à Fleurance (Gers), est en effet soupçonnée d'avoir détourné d'importantes sommes d'argent censées transiter par son étude, et ce à des fins personnelles.

Près de 600 000 euros se seraient ainsi volatilisés de ses comptes-clients, sur une période qui reste encore à déterminer par les enquêteurs. A la fin juin, Me Serra avait déjà été entendue par le président du tribunal de grande instance d'Auch, puis immédiatement suspendue de ses fonctions à titre provisoire. A l'époque, la banque de Me Serra avait été la première à faire part de ses soupçons au procureur de la République. Mardi soir, les autorités ont finalement procédé à l'interpellation de l'huissier, dont le placement en détention a été ordonné sur-le-champ.

Au sein de l'étude fleurantine qu'elle dirigeait, et qui lui servait également de domicile, Bernadette Serra avait pour habitude de travailler en famille ; son frère y officiait notamment en qualité de clerc, tandis que son fils, employé assermenté, l'assistait dans ses fonctions. Aujourd'hui, la justice s'interroge sur l'utilisation qu'était faite des sommes détournées. Me Serra espérait-elle simplement pouvoir améliorer son confort personnel ? ou rembourser à plus brève échéance le prêt qu'elle avait contracté pour la rénovation de sa propriété ? Chargés de l'enquête, les hommes du SRPJ de Toulouse attendent avec impatience le résultat des perquisitions menées mardi sur les lieux. Selon le procureur de la République d'Auch, l'institution judiciaire a répondu de la manière forte, mais appropriée.
Ainsi, au sein de la profession, la plupart se disent «très étonnés» par l'éclatement de cette affaire. De fait, Bernadette Serra jouissait d'une excellente réputation auprès de ses confrères, elle qui avait ouvert son étude dans le centre-ville de Fleurance il y a plus de vingt ans. Récemment réélue à la tête de la Chambre départementale des huissiers, elle a dû être aussitôt remplacée, et ses locaux professionnels confiés aux bons soins d'un administrateur provisoire.

Son fils, ainsi que la secrétaire comptable de l'étude auraient tous deux été «licenciés». Ne reste plus que Thierry Serra, le frère de la mise en examen. Bien qu'étant «le premier surpris», l'homme se targue d'être «le seul à être resté en poste» depuis le début du scandale. C'est une histoire de fou, dit-il. Mais ma soeur avait l'art d'embobiner les gens... Visée par une procédure disciplinaire, Bernadette Serra, qui a reconnu les faits, encourt une peine de dix ans d'emprisonnement.

From: Le Figaro, dimanche 24 juillet 2005 à 08:24