mercredi, juillet 20, 2005

Déchets électroniques: l'heure du grand recyclage a sonné

A partir du 13 août, les fabricants et distributeurs de produits électriques et électroniques seront tenus de collecter et de recycler ces déchets hautement toxiques. Fini les ordinateurs sur le bord du trottoir. Reste que les acteurs sont loin d'être prêts et que le coût sera élevé.

Ils portent un nom un peu barbare mais sont pourtant des objets de notre quotidien : on les appelle les DEEE ou D3E, les déchets d'équipements électriques et électroniques. La France en produit en moyenne 1,7 million de tonnes chaque année, soit 16 kg par an et par habitant, avec une augmentation de 3 à 5 % par an, selon l'Ademe (agence de l'énergie et de la maîtrise de l'environnement). Des téléphones portables, des ordinateurs, des lampes, des jouets ou des distributeurs automatiques, composés de matériaux hautement toxiques comme le plomb, le mercure ou les retardateurs de flamme bromés. Avec un an de retard par rapport au calendrier initial, la ministre de l'Ecologie, Nelly Olin, a présenté mercredi en conseil des ministres un décret transposant une directive européenne de 2003, qui organise la collecte et le retraitement des DEEE. Avant sa publication en fin de semaine.

Suivant la tendance actuelle, la directive impose le principe du « pollueur payeur ». En clair, les producteurs et distributeurs d'équipements électroniques et électriques seront tenus de reprendre gratuitement les équipements usagés lors de la vente d'un neuf et de traiter les DEEE à partir du 13 août. Avec un objectif : la collecte sélective de 4 kg par an et par habitant au 31 décembre 2006 au lieu des 2 kg actuels. A partir de l'an prochain, les producteurs devront également faciliter le démantèlement de leurs articles, leur valorisation et limiter l'usage de certaines substances dangereuses. Et pour bien identifier ces produits électriques et électroniques, on trouvera sur l'article ou l'emballage un petit logo : une poubelle barrée d'une croix.

Tout cela relève pourtant encore de la théorie car aucun des acteurs ne sera prêt dans un mois. La France manque encore de capacité de retraitement par rapport à l'augmentation attendue du volume des déchets. Pour cela des éco-organismes, financés par les entreprises concernées, se sont créés pour organiser la collecte et le recyclage des DEEE. Quatre se sont manifestés : Eco-système, Ecologique, European Recycling Plateform (ERP) ou Recylum. Ce dernier s'occupera essentiellement des lampes à décharges, produit qui représente 80% du volume des D3E. « Pour l'instant nous sommes encore dans une phase d'observation, prévient Hervé Grimaud, directeur général de Recylum, le tri sélectif de ces déchets n'est pas encore mis en place dans les collectivités locales et il nous faut l'agréement des pouvoirs publics. Cela prendra plusieurs mois... ». Et les choses pourraient encore traîner car les collectivités locales ne sont pas prêtes à prendre en charge le surcoût et la logistique nécessaire engendrés par la nouvelle directive. Amorce, une association qui regroupe 245 collectivités locales, refuse tout simplement que ses adhérents mettent en place les nouvelles collectes sélectives tant qu'elles n'auront pas obtenu de l'Etat l'engagement d'une prise en charge à 100% des coûts de la gestion des DEEE par les producteurs. Selon le décret toutefois, les communes et leurs groupements qui assurent la collecte sélective des déchets ménagers recevront des soutiens financiers versés par les producteurs.

Quant au consommateur, il devrait lui aussi être sollicité car les producteurs pourront répercuter le prix du recyclage sur la facture, en affichant clairement le montant de cette opération. Pour l'instant, chacun se refuse à donner des chiffres concernant ce surcoût, toutefois, une expérience grandeur nature menée depuis 2002 par la Communauté urbaine de Nantes donne quelques indications. Si l'on prend en compte leur bilan final, le coût de recyclage d'une imprimante est de 2,70 euros, celui d'un réfrigérateur de 28 euros et de 15,6 euros pour un téléviseur. Un coût qui ne sera évidemment pas répercuté entièrement sur le consommateur mais qui pourrait quand même gonfler la facture de 1% environ, selon une étude de la Commission européenne.

Dans cette même étude, qui a servi de support à la directive, la Commission estime que cette réforme pourrait côuter entre 500 et 900 millions d'euros pour l'Union Européenne si l'on prend en compte un coût de collecte de 200 à 400 euros par tonne auquel il faut ajouter entre 10 et 500 euros de recyclage en fonction du type de produit. Un surcoût qui ne semble pas effrayer les producteurs qui préfèrent parler du bénéfice engendré par l'image d'une entreprise « éco-responsable ». Ainsi, chez Hewlett-Packard, l'une des quatre entreprises fondatrices de l'éco-organisme ERP : « En tant qu'entreprise leader on ne peut tout simplement pas considérer que la fin de vie des produits que nous commercialisons ne nous concerne pas. Les efforts demandés par cette nouvelle directive en terme de recyclage et de réduction de matériaux dangereux sont payants car ils sont un élément déterminant dans l'attribution des marchés et les décisions d'achats », explique Christophe Stener, secrétaire général d'HP France. La nouvelle directive devrait également permettre de donner une nouvelle dimension à la filière. « C'est un marché extraordinaire qui est en train de se créér : il y a de la plus-value à réaliser et des emplois à venir dans la collecte ou le pré-tri », souligne Yann le Pleux, délégué adjoint de la fédération ENVIE, une entreprise solidaire qui se charge de la collecte et du tri des D3E depuis 20 ans. Selon l'étude de la Commission, ce sont plus de 10 000 emplois qui pourraient ainsi être créés dans la filière des DEEE en Europe.

Béatrice Héraud