samedi, juin 18, 2005

Les organistes ne sont plus ce qu'ils étaient




Saint-Ouen L'organiste évincé attaque la paroisse aux prud'hommes

L'HISTOIRE pourrait donner des idées de film à Jean-Pierre Mocky. Mais, pour l'heure, elle ne fait pas du tout sourire le curé de Saint-Ouen, Eric Récopé. Le prêtre de la paroisse Notre-Dame-du-Rosaire a dû se rendre mercredi au tribunal des prud'hommes de Bobigny, où il est attaqué par l'ancien organiste bénévole, Jean-Bernard Condat, pour licenciement sans raison réelle ni sérieuse. Se référant à la convention collective des artistes musiciens des cultes, l'homme réclame à la paroisse la coquette somme de €31 000, représentant selon lui douze ans de bons et loyaux services à l'église, dont l'animation de 687 messes dominicales. Une premiére en France. Jean-Bernard Condat, 41 ans, n'a pas du tout apprécié d'être remercié par le prètre en novembre dernier. Il a fait preuve d'abus de pouvoir et s'est publiquement moqué de moi en annonçant mon départ, s'agace l'organiste, avant d'avancer cette étonnante explication. Je crois qu'il a en fait confondu mon pin's du Rotary de Paris, associé avec la thèse que j'ai rédigée sur le "Nombre d'or et la musique", avec une quelconque appartenance à la franc-maçonnerie.

Il réclame €31 000

Le père Récopé parle au contraire d'au moins trois raisons sérieuses. La première remonte au centenaire de l'église, en 2003, où il nous a carrément posé un lapin lors de la cérémonie. Après la sècheresse de l'été 2003, il a commandé des travaux sur l'orgue sans mon accord et, à la rentrée 2004, il a voulu le surélever de 2,60 m sans m'en parler. Le gardien de l'orgue, c'est l'organiste, et c'est un bien public, qui appartient à la mairie, rétorque Jean-Bernard Condat. Ce dernier a donc décidé de faire payer au prètre son manque de fair-play. J'ai quand même passé quasiment tous mes dimanches pendant douze ans à animer les messes, dit-il. On m'avait dit au départ que je serais rémunéré. Le tarif syndical par messe, c'est €21,67. Et, entre les partitions, les chaussures spéciales et les déplacements, c'est une pratique qui coûte cher à l'organiste... Comme l'église n'était pas riche, j'ai accepté de jouer bénévolement. Mais pas pour finir remercié comme cela. Eric Récopé assure que l'organiste ment sur de nombreux points. Le père Boivin, qui a été curé de Saint-Ouen de 1991 à 1996, confirme qu'il n'a jamais été question de rémunération et qu'il ne l'a vu jouer de l'orgue qu'en de rares circonstances, pour s'entraîner. Patrick Morvan, curé de Notre-Dame-du-Rosaire de 1996 à 2002, a lui aussi découvert avec stupéfaction cette histoire. Il nous a rendu service ponctuellement et bénévolement à partir de 2000. Mais, à aucun moment, il n'a été titulaire de l'orgue. Autant dire que la séance de conciliation aux prud'hommes entre Eric Récopé et son ex-organiste a tourné court. D'ailleurs, ce dernier, qui travaille et habite à Nantes en semaine, n'était pas là. Le conflit professionnel sera examiné sur le fond le 13 février 2006, mais le curé de Saint-Ouen, qui trouve que cette affaire fait une très mauvaise publicité à sa paroisse, se demande s'il ne va pas à son tour porter l'affaire au tribunal. Mais en correctionnelle.

Eric Bureau, Le Parisien , samedi 18 juin 2005