jeudi, juin 02, 2005

La DST... pour éviter les coups tordus

Non et maintenant ?

Sarkozy à l'Intérieur pour protéger sa famille: son retour place Beauvau lui permettrait «d'éviter les coups tordus montés contre lui»

Devant plusieurs dizaines de personnes, hier matin, Nicolas Sarkozy a confirmé que sa réapparition place Beauvau ne devait rien au hasard. Lors du traditionnel petit déjeuner organisé par Edouard Balladur dans une annexe de l'Assemblée, le président de l'UMP a laissé entendre que la reprise en main des services de renseignement était une condition sine qua non de son accession à l'Elysée en 2007. «Il nous a dit que son retour à l'Intérieur lui permettrait de reprendre la DST et d'éviter les coups tordus montés contre lui», raconte un participant. Plus tard, le nouveau ministre de l'Intérieur débarque au siège de l'UMP pour expliquer aux membres de la commission exécutive les raisons de son entrée au gouvernement. Face à 80 personnes, dont nombre de chiraquiens, il met les pieds dans le plat en évoquant «des officines qui, depuis six mois, ont pris [sa] famille pour cible». En reprenant le contrôle de la place Beauvau, il assure pouvoir mettre fin «à ce type d'opérations» de déstabilisation. Ce franc-parler qui sidère l'auditoire ne s'arrête pas là. Sarkozy assure que sa collaboration avec Villepin ne l'empêchera pas d'être candidat en 2007. A nouveau, il expose son souhait de «ne pas rester en dehors de l'action». En prenant soin de préciser, selon un élu, que «l'Intérieur ne l'impliquait pas dans les éventuels échecs» du gouvernement.

Au ministère, les permanents s'amusent de ce chassé-croisé Villepin-Sarkozy, d'autant que les deux hommes se sont déjà retrouvés au centre d'une série de coups tordus (Libération d'hier). «Les conseillers de Villepin ont monté des sacs de sable, témoigne un haut fonctionnaire. Mais Sarko et Guéant [son directeur de cabinet] ne garderont personne. Ils ont déjà annoncé leur intention de passer le cabinet au Kärcher.» Pour le renseignement, mais pas seulement. Car le patron de Beauvau a la haute main sur le processus électoral : il découpe des circonscriptions, fixe les dates des scrutins, proclame les résultats... A la fois ministre de l'Intérieur et patron de l'UMP (accordant les investitures), il donc va truster toute la chaîne électorale. Les socialistes s'inquiètent de l'ampleur de ce «périmètre». Pour son prédécesseur, Daniel Vaillant, il s'agit «d'une dangereuse dérive». Pour Jean-Marc Ayrault, c'est «un problème d'éthique républicaine». Mais l'éthique n'a pas grand-chose à voir avec ce jeu de chaises ministérielles.

Antoine GUIRAL et Didier HASSOUX et Thomas LEBEGUE
From: Libération