mardi, mars 15, 2005

Le Rotary, vingt ans de combat contre la polio (programme de vaccination Polio Plus aux côtés de l'OMS)

U N E I D É E P O U R A G I R

Le Rotary, vingt ans de combat contre la polio

Le Rotary est souvent considéré comme un club de notables locaux. On connaît peu sa dimension internationale et les relations étroites qu’il entretient avec l’Ecosoc, le Conseil économique et social de l’ONU, avec l’Unesco ainsi qu’avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces liens remontent pourtant à la signature de la Charte des Nations unies en 1945 : 49 rotariens appartenaient alors aux 29 délégations participant à la conférence de San Francisco au cours de laquelle fut élaboré le texte. Cinquante ans plus tard, le Rotary poursuit son action avec l’OMS, par l’intermédiaire de Polio Plus, un programme de vaccination qui a permis d’immuniser près de deux milliards d’enfants. Un combat qui s’est mené étape par étape, pays par pays. Lancée en 1985, la campagne de vaccination a permis de faire certifier «libérés de la polio» par l’OMS les Amériques en 1995, le Pacifique occidental, la Chine en 2001 et l’Europe en 2002. Depuis vingt ans, les collectes organisées par les Rotariens ont permis de rassembler 600 millions de dollars (454 millions d’euros).

Mais l’implication des membres ne s’est pas arrêtée au portefeuille. Grâce à sa présence dans 166 pays, les membres du Rotary ont pu convaincre les populations d’aller se faire vacciner. D’autres ont convoyé les vaccins, assuré eux-mêmes les piqûres. Le travail se poursuit avec la veille sanitaire post-vaccination. Au total, la campagne contre la poliomyélite a nécessité 3 milliards de dollars (2,27 milliards d’euros) en quinze ans et 20 millions de volontaires, selon l’OMS. Le Rotary a donc amplement contribué au financement comme à la mise en oeuvre de cette campagne. Pour Nick Ward, responsable du programme élargi de vaccination de l’OMS, « le Rotary a été le catalyseur, l’élément déterminant dans la décision de l’OMS de s’engager dans la voie de l’éradication de cette maladie ».

Pourtant, le virus était encore présent en janvier 2004 en Inde, en Afghanistan, au Pakistan, en Égypte, en Éthiopie, au Niger et au Nigeria. Dans ce dernier pays, la campagne n’a pas été menée sans heurts. Sous la pression de dirigeants religieux musulmans, les autorités de trois régions ont interdit à la population de se faire vacciner en 2002 affirmant que la campagne de l’OMS était destinée à infecter les femmes du virus du sida ou à les rendre stériles. La maladie, presque éradiquée, a alors réapparu. La lutte contre la polio reste donc une des priorités du Rotary qui fête cette année son centenaire avec un nouveau pari ambitieux, celui de l’accès à l’eau pour tous.

ANNE-LAURE SOULÉ (in: La Croix, 8.3.2004)