mardi, novembre 02, 2004

Mon interview dans "Le Journal en Direct" d'Europe1

Voici la thématique simple sur laquelle j'ai parlé. Espérons que vous avez tout compris!

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France Télécom sonné 24 heures par une panne inexpliquée
Entre samedi et dimanche soir, des milliers de clients ont été privés d'appels.

Par Laurent MAURIAC

L'informatique peut aussi faire «planter» les téléphones. France Télécom en était encore hier à rechercher ce qui a pu causer une défaillance spectaculaire de son réseau entre samedi 18 heures et dimanche 21 heures. Seule certitude : ce n'était pas des arbres qui s'étaient abattus sur les lignes, mais des logiciels qui avaient déraillé dans les centraux téléphoniques. Un peu partout, des milliers d'utilisateurs ont tenté en vain de joindre leurs correspondants, en Ile-de-France (à Paris et dans la banlieue Ouest), dans le Nord, à Strasbourg, Caen, Rouen, Tours, Nice et Marseille, selon les pointages de l'opérateur. Se heurtant à un blanc, les clients de France Télécom devaient s'y reprendre à plusieurs fois pour faire aboutir leurs appels. Les numéros d'urgence (Samu, pompiers) étaient également concernés. L'Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (Amuhf) a d'ailleurs jugé, hier, «intolérable» cette panne.

Une première. Difficile de mesurer l'étendue des dégâts. France Télécom s'emploie plutôt à relativiser l'ampleur des dysfonctionnements : «Les perturbations significatives ont concerné une dizaine de commutateurs sur les 600 existants, explique Jean-Philippe Vanot, directeur exécutif réseaux, opérateurs et système d'information. Quelques milliers de clients se sont trouvés en difficulté d'appel. Seuls certains numéros étaient difficiles à joindre. Les clients devaient renouveler leurs appels.» Une porte-parole du groupe souligne que «le système n'est pas tombé en panne, mais qu'il s'est ralenti».

C'est tout de même la première fois que l'opérateur se heurte à une anomalie informatique d'une telle gravité. Aujourd'hui, tous les commutateurs téléphoniques sont entièrement numérisés. Dans un premier temps, les ingénieurs de France Télécom ont tenté de réinitialiser les appareils déréglés, comme on rallume son ordinateur quand il plante. Insuffisant. Ils ont ensuite mis au point, avec succès, une «modification logicielle» qu'ils ont téléchargée dans les 288 commutateurs du type de ceux qui ont connu des ratés, manière de se prémunir contre une aggravation.

Afflux. Dimanche à 21 heures, les derniers centraux étaient ainsi rétablis, l'origine de la défaillance restant à déterminer. Une cellule de crise a été créée pour «déceler le perturbateur». Les ingénieurs «sont dans des millions de lignes de code» pour tenter d'y voir plus clair, raconte Jean-Philippe Vanot qui avance une première hypothèse, selon lui la plus probable. «Il faut faire un peu de technique, prévient-il. Lorsque vous cherchez à joindre un abonné, votre commutateur de rattachement envoie à celui du destinataire un message de signalisation permettant d'établir la communication. Ce qu'on envisage comme cause, c'est un afflux de messages de signalisation mal "formatés". Quand un commutateur reçoit un message qu'il ne sait pas traiter, il le stocke, c'est une manière pour lui de se protéger.» Et quand il en stocke trop, ça provoque un problème d'écoulement du trafic.

Question subsidiaire : pourquoi un tel afflux de messages mal formatés ? C'est ce que recherchent les techniciens de France Télécom. Les signaux erronés proviendraient d'autres opérateurs, français ou étrangers. Jean-Philippe Vanot évoque deux autres causes possibles : une erreur humaine, par exemple dans l'actualisation d'un logiciel. Le passage à l'heure d'hiver ? «Peu probable, il s'agit d'une commande centralisée et l'ensemble des commutateurs auraient dû être touchés.» Reste une dernière possibilité : un virus informatique. Mais là encore, difficile de comprendre pourquoi la majorité des commutateurs ont été épargnés.

Il faudra peut-être plusieurs jours avant de déceler l'origine de la panne, prévient l'opérateur. En attendant, le syndicat Sud-PTT a réclamé «la transparence» à la direction, et «des garanties en termes de réseau et d'investissement». «Cela fait des années que nous dénonçons des dysfonctionnements du réseau, soit pour des raisons informatiques, soit pour des raisons d'éloignement du personnel», a indiqué son secrétaire général, René Ollier.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=250619