mardi, septembre 07, 2004

Repas de rentrée au Rotary avec conférence sur la diversité culturelle

Repas de rentrée au RC Paris-Alliance. A 19h, j’offre un apéritif à tous les membres présents au bar de l’Hôtel Régina, place des Pyramides en face de la statue dorée de Jeanne d’Arc qu’un responsable de partie extrémiste admire avec ferveur tous les 1er mai à 10h. J’ai honte. Tout le monde est juste bronzé comme il faut. Pour ma part, je suis blanc comme un cachet d’Aspirine. Que vont-ils penser ? Que je n’ai fait que jouer le pèlerin sur la pelouse de Lourdes pour la visite privée du Saint-Père le 15 août ? Mais, rien. Tout le monde est heureux de boire à l’œil.

Salon Saint-Honoré, 20h précises. Une trentaine de membres souvent avec leur conjoint devisent gentiment en attendant que le protocole (Catherine) ai fini son plan de table. Le Président (Annie) en plein milieu de la table d’honneur devant la cloche et le conférencier M. Thomas PARIS à sa gauche (tradition anti-républicaine du protocole inculte oblige). Ledit conférencier m’a été gentiment présenté quelques minutes auparavant par le responsable des conférences, le banquier Jean-Patrick : c’est un X91 (paris@poly.polytechnique.fr) dont le chef, Pierre-Jean BENGHOZI nous ai connu. Thomas fait bien ses 2 mètres en taille, maigre, lunette à montures en titane ultra-légère Hugo Boss. Il est docteur en gestion, adjoint au président du département Génie industriel de l’Ecole nationale des ponts et chaussées, chercheur associé au CRG (centre de recherche en gestion). Ses recherches portent sur l’organisation et la gestion des industries de la création (cinéma, musique, BTP, mode…) ; il a notamment fait une thèse sur les aspects socio organisationnels du droit d’auteur. Coordinateur d’un numéro spécial de la revue de CinémAction sur le thème « Quelle diversité face à Hollywood ? » (mars 2002), il est l’auteur d’un ouvrage sur le droit d’auteur (« Le droit d’auteur : l’idéologie et le système », PUF, 2002).

Thomas s’élance après le volumineux pavé de sandre que mon ventre affamé dévora avec tendreté : « C’est Jean-Marie MESSIER qui en 2001 parla de diversité culturelle » (et du même coup l’UNESCO parla dans une déclaration universelle de biodiversité). Outre le McDo à 40 mètres du lieu de ce dîner [sic], 85% des entrées de cinéma se concentrent sur 5 entreprises de Californie. Que penser des dérives de mondialisation de la fusion Editis/Hachette ? Peut-être de nous laisser croire à l’émergence d’une culture mondiale, d’une harmonisation des biens de consommation (Harry POTTER) ou d’une harmonisation idéologique (IKEA dans 43 pays) ? Marcel, notre futur gouverneur, nota que le Rotary était dans 168 pays sans trop de problèmes. D’ailleurs, Thomas (qui commençait à chercher la fin de ses phrases) poursuivi sa liste à la Prévert par une tautologie inévitable : et l’anglais ! Marie-Allix (traductrice interprète anglais/français des VIP) se réveilla brutalement. N’y aurait-il pas une méga-culture internationale à laquelle s’ajouterait une culture nationale (i.e. la Nouvelle Orléans) ?

Sur les enjeux, notons que sur 100 pays la France est 4e en matière de production cinématographique après l’Inde, les USA et le Japon. Aux Etats-Unis, le cinéma est le 2e poste d’exportation. Chaque pays doit pouvoir s’exprimer par ses images. Il y a trois types de diversité culturelle : (1) la géographique : chaque culture doit produire ses images, (2) une industrielle par la standardisation des œuvres, et (3) une artistique pour maintenir un renouvellement créatif. En 2002, 2 titres ont fait plus de 50% des ventes. La mondialisation est une économie de marché (augmentation des coûts fixes et réduction des variables). Nous devons libéraliser les biens culturels, abolir les quotas. L’accélération technologique vient de la numérisation et de l’Internet : cela a d’ailleurs donné naissance à un processus de concentration.

Je me risque alors à une question sur l’exception de nos droits de PLA (propriété littéraire et artistique) vis-à-vis du Ó. Thomas m’expliqua qu’aux Etats-Unis, il était possible de vendre l’ensemble des droits d’une œuvre (suite à la reconnaissance de la convention de Bern). En 1998, l’exemple du film « Astérix et Obélix contre César » prouve que la France a une aura particulière pour son cinéma national : un seul investisseur pour un budget de film pharaonique. Philippe SIMON accepta de poser la 2e question à Thomas. En fait, il lui expliqua qu’un film doit apporter une contradiction (grâce aux aides du CNC). D’ailleurs la masse critique de films nécessaires à faire tourner la profession impose que tous les films ne soient pas forcément excellents (contre-exemple de « 3 hommes et un couffin »).

Thomas conclu en nous signalant que nous étions dans un pays d’exception cinématographique… et qu’il fallait refaire l’état des structures en ce domaine. La cloche sonna à 22h17.

Note : 3/20 (belle cravate + 49 minutes de grand oral sans toucher au sujet, un quasi miracle).

Menu : méli-mélo de melon et pastèque à la crème de tourteaux, pavé de sandre aux écrevisses avec riz basmati, miroir au citron (vague imitation d’une création Pierre HERMET relu par les surgelés Picard) ; vin ‘Château Galau Magdeleine, Côtes de Bourg, 2001’ (excellent pour les bizutages où les cures post-ablation de la prostate); 2 cafés.