jeudi, septembre 09, 2004

Langue français: ne parlez plus de télécoms

Voici la lettre de M. Maurice LOMBARD de Gap paru dans l'édition du 1er septembre du Monde:

La fin des télécoms

Après plusieurs décennies de bons et loyaux services, le mot « télécommunications » vient d'être rayé de la loi française. Il fait son apparition dans la langue française en 1907. Un mot d'ingénieur, réservé aux spécialistes d'un domaine encore marginal. Il est défini comme « toute transmission, émission ou réception de signes, de signaux, d'écrits, d'images, de son ou de renseignements de toute nature, par fil, radioélectricité, optique ou autres systèmes électromagnétiques ». Au fil des années et de l'engouementa croissant des gens pour le téléphone d'abord, puis plus récemment pour le mobile et l'Internet, le mot a quitté la sphère des spécialistes pour inonder le grand public. Les « télécoms », comme on les appelle volontiers, font partie dès les années 1950 de la vie courante, avant de connaître pendant les trente glorieuses une croissance sans équivalent. A la fin du XXe siècle, le secteur des télécoms entre dans le domaine concurrentiel, les opérateurs rivalisent d'imagination et d'audace. Face à une telle vitalité, à un tel dynamisme, il est difficile d'imaginer que le vocable symbolisant l'histoire de la communication depuis cent ans ait pu du jour au lendemain être chassé du langage officiel de la République. C'est pourtant ce qui vient d'être fait.

La loi 2004-669 du 9 juillet 2004, publiée au Journal officiel du lendemain, supprime dans le code toute référence aux mots « télécommunication » et « télécommunications », qu'elle remplace par les mots « communication électronique ». Certes, il était demandé au Parlement, à travers cette loi, de rapprocher dans la terminologie officielle deux mondes aujourd'hui proches, celui des télécoms et celui de l'audiovisuel. Il fallait donc trouver un terme « neutre » ; le gouvernement a choisi, la représentation nationale a entériné.

Gageons que le paria « télécoms », dorénavant exclu de la langue officielle, sera utilisé longtemps encore dans les laboratoires, les bureaux et les chaumières. Il reste porteur d'une réalité intrinsèque que nul ne peut lui disputer, et qui manque à son successeur : celle de la communication à distance, ciment des sociétés modernes.